J’ai la chance
d’évoluer dans le petit monde des startups qui est un milieu passionnant pour plusieurs
raisons.
Tout d’abord il n’y a pas de diplôme pour aspirant « startupeur » (il
faut que j’avoue ici que cela m’arrange en fait). Il est remarquable que
pourtant même les bouchers, les coiffeurs et les boulangers doivent être munis
de diplômes pour pouvoir exercer sans être un danger pour la société. Le
pharmacien moyen et le peintre en qui l’on remet son avenir aussi possède un
diplôme sanctionnant sa spécialité. Dans le cas du créateur de startup pas de
format connu d’avance. Pas de nom d’établissement ou de formation à laquelle se
raccrocher pour se faire un imaginaire du passé de notre interlocuteur. L’on peut
avoir à faire à des jeunes fraichement diplômés de grandes écoles plus ou moins
commerciales ou managériales, de vétérans de world compagnies (ou d’autres
startups), de brillant ingénieurs techno-proof, il existe même ce que l’on
appelle communément des « serials entrepreneurs » (dans ce dernier
cas l’origine de la bête n’est plus importante car il a déjà passé l’épreuve).
Ainsi, j’ai eu la chance ces dernières années de rencontrer des créateurs de
startup d’horizons si différent. Si je devais trouver aujourd’hui un point
commun pour chaque personnalité je dirai que ce qui m’a toujours marqué c’est
le côté iconoclaste des porteurs de projet. Oui en fait un patron de startup
doit être iconoclaste. Ceci étant dit il peut ensuite être n’importe qui, avons
le, il est même plus sympa s’il n’a rien au départ pour déterminer la logique
de son niveau de réussite.
Ce monde des
startups est captivant parce qu’il s’agit d’idées et de ruptures. Pas de
startup sans un positionnement innovant sur un problème existant ou sans besoin
nouveau. Pas de startup sans un charisme certain du fondateur qui va devoir
porter seul ses certitudes jusqu’à la preuve ultime qu’il avait raison (ou
pas !) sur le fond ou sur la forme. Il s’agit d’avoir un avis, d’incarner
une idée et de mener une politique pour mettre en œuvre ses idées. « La
vision sans exécution n’est qu’illusion » disait Mme Rodriguez ma
concierge de la rue d’Alesia, dont le mari n’avait d’autres choix que de passer
l’aspirateur dans les escaliers des communs tous les premiers Dimanche du mois à
partir de 7h et en partant du 7em étage pour être à l’heure pour le déjeunez
dominical du rez-de-chaussée de la loge conjugale.
Le monde des
startups est aussi fascinant car comme à Hollywood il y a des générations
d’acteurs qui incarnent des cycles d’investissements montant ou descendant. Il
y a des phases de fort investissement comme en 2000 et en 2005 ou des startups
emblématiques apparaissent et des personnalités gagnantes laissent des traces
derrières elles. Des accélérations de cycle ou l’on peut à nouveau avoir une
chance de briller et de faire fortune. Il y a peu de manière de faire fortune
pour celui qui nait sans et qui n’aime pas jouer au Loto. Fascinant car à la
fin du cycle l’on sait qui avait réellement raison, qui a déçu les espoirs de
réussite de la configuration initiale et qui a crée la surprise.
Ma propre expérience est que la création de valeur est quelque chose de très
fin. Particulièrement au sein de ce milieu où
le ticket d’entrée est souvent faible, la qualité d’exécution
déterminante, le pouvoir du carnet d’adresse limité et l’expérience non
structurante. J’ai cherché des vecteurs de création de valeur autour de moi.
J’en arrive à la conclusion très sexy qu’il n’y a pas de règle parfaite. Le
lien entre le montant investit et la création de valeur est souvent vrai à la
fin du cycle mais rarement au départ, le lien entre l’expérience de l’équipe et
le niveau de création de valeur (et même dans le pire des cas de son existence)
pas certain, le lien entre la création de valeur et le niveau d’éducation, le
lien entre la création de valeur et la géographie est non déterminant (devinez
d’où viens Skype ?), le lien entre la création de valeur et le secteur
d’activité est instable, le lien entre la création de valeur dans le domaine
des startups technologique et l’état du reste de l’économie peu lisible (ne pas
confondre ici création de valeur et investissement), enfin le lien entre
création de valeur et la visibilité médiatique d’une startup pas toujours vrai.
